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Témoignage

« Je te crois »

Des douleurs dès J+1, quatre fractures vertébrales, et six mois sans pouvoir donner le bain à son fils.

Je m’appelle Amélie, j’ai 35 ans et je vis en Seine-et-Marne, en Île-de-France. En mars 2024, j’ai donné naissance à mon petit garçon. Les semaines qui ont suivi auraient dû être entièrement tournées vers la découverte de mon bébé et les premiers moments de maternité. Pourtant, à J+1, des douleurs importantes au dos sont apparues.

Au départ, je pensais qu’il s’agissait peut-être des suites normales de l’accouchement, de la césarienne, de la fatigue ou simplement de tout ce que mon corps venait de traverser. Je ne savais pas encore que ces douleurs pouvaient être liées à une ostéoporose gravidique du post-partum.

Des douleurs difficiles à faire entendre

J’en ai parlé, mais mes douleurs ont parfois été difficiles à faire entendre. Lorsqu’on vient d’avoir un bébé, beaucoup de symptômes sont facilement attribués à la grossesse, à l’accouchement, au manque de sommeil ou au fait d’être jeune maman.

Pourtant, je sentais que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas une douleur « normale ». Elle devenait de plus en plus présente et limitait progressivement mes mouvements comme mes gestes du quotidien.

Le diagnostic : mettre enfin un nom sur la maladie

Après plusieurs consultations et examens, le diagnostic d’ostéoporose gravidique du post-partum a finalement été posé, avec quatre fractures vertébrales.

Apprendre que j’avais plusieurs fractures a été difficile. Mais, paradoxalement, ce diagnostic a aussi été un soulagement : enfin, il y avait une explication à mes douleurs.

Être maman quand chaque geste fait mal

Le plus difficile n’a pas été uniquement la douleur physique. C’est aussi tout ce que cette douleur m’a empêchée de faire avec mon bébé.

Je n’ai pas pu donner son premier bain à mon fils. Je n’ai pas non plus pu lui donner ses bains moi-même pendant ses six premiers mois, malgré une baignoire en hauteur qui aurait dû me faciliter les choses. Le bain est un moment important avec un bébé : le prendre, le laver, le regarder, partager ce petit moment de complicité. Ne pas pouvoir le faire reste un souvenir particulièrement difficile.

Je n’ai pas non plus pu prendre mon fils dans mes bras pour le mettre au sein comme je l’aurais voulu. J’avais choisi de l’allaiter, mais j’ai dû arrêter au bout de quatre mois parce que mon corps ne me permettait plus de poursuivre comme je le souhaitais.

Même des gestes très simples, comme m’allonger à côté de lui sur son tapis d’éveil, le porter, le poser dans son lit, le changer, le mettre dans sa poussette ou simplement me déplacer avec lui, pouvaient devenir douloureux, impossibles ou dangereux.

Tous ces gestes, qui peuvent paraître anodins lorsque l’on va bien, étaient devenus pour moi des obstacles. C’est là que j’ai compris que la maladie ne touchait pas seulement mon corps : elle touchait aussi ma maternité.

La culpabilité et le besoin d’aide

Il fallait constamment faire attention à mes mouvements. Il fallait demander de l’aide. Et parfois, il fallait accepter que quelqu’un d’autre fasse à ma place ce que j’aurais tellement voulu faire moi-même.

Demander de l’aide n’est pas toujours facile. On peut avoir l’impression de déranger, de ne pas être à la hauteur, ou de devoir expliquer sans cesse pourquoi on ne peut pas faire quelque chose alors que, extérieurement, rien ne semble justifier cette limitation.

C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à faire comprendre : avoir mal ne signifie pas forcément que cela se voit.

Le plus difficile à vivre était aussi la culpabilité : la culpabilité de ne pas pouvoir faire, de devoir demander de l’aide. Et parfois, cette impression injuste de ne pas être la maman que j’aurais voulu être.

Aujourd’hui, je sais que je faisais simplement ce que je pouvais avec un corps qui était malade. J’ai dû apprendre que prendre soin de mon bébé pouvait aussi vouloir dire prendre soin de moi, me préserver et accepter de ne pas tout faire seule.

Ce qui m’a aidée

Ce qui m’a aidée, c’est avant tout d’être entourée et de pouvoir compter sur des personnes qui comprenaient que ma situation était réelle. Les gestes les plus importants n’étaient pas forcément les plus grands : prendre mon fils dans les bras quand je ne pouvais pas le faire, m’aider dans les gestes du quotidien, accepter que je sois fatiguée ou que je ne puisse pas toujours faire comme avant.

Parfois, ce dont j’avais le plus besoin, c’était simplement d’entendre : « Je te crois. » Avec le recul, ce sont probablement ces mots que j’aurais aimé entendre plus tôt.

J’aurais aimé que l’on me dise : « Tu n’as pas à culpabiliser de demander de l’aide. » « Tu es une bonne maman, même si tu ne peux pas tout faire. » « Ce que tu ressens est réel. »

Pourquoi je témoigne aujourd’hui

Avec le recul, j’aurais aimé savoir plus tôt que cette maladie existait. J’aurais aimé que mes douleurs soient entendues plus rapidement et qu’elles ne soient pas considérées comme une conséquence « normale » de la maternité.

Aujourd’hui, si je témoigne, c’est pour que d’autres femmes puissent se reconnaître, oser parler de leurs douleurs et surtout ne pas penser qu’elles doivent simplement « tenir bon ».

Après la naissance d’un bébé, une maman a le droit d’être entourée, aidée et soignée elle aussi. Parce que derrière le mot « ostéoporose gravidique », il n’y a pas seulement une maladie des os : il y a une femme, une maman, un bébé, et un quotidien qui peut être profondément bouleversé.