« Je faisais en réalité cinq centimètres de moins »
Ostéoporose diagnostiquée à 29 ans, six mois après la naissance de son fils : trois vertèbres tassées, une fracture en T8.
Je suis maman de deux enfants et je vis sur le Bassin d'Arcachon. Ma fille est née en décembre 2022 et mon garçon en septembre 2025.
Quelques mois après la naissance de ma fille, j’ai commencé à avoir de fortes douleurs dans le dos. Il m’arrivait aussi très souvent de me retrouver pliée en deux, sans signe avant-coureur, comme si mon corps ne me permettait plus de tenir debout. Après avoir vécu un accouchement par césarienne et ayant été sujette à des douleurs de dos à l’adolescence, je me disais que ça allait passer. Avec le recul, je me rends compte que je n’avais jamais ressenti ce genre de douleurs auparavant, et surtout, je me souviens de l’inquiétude que je ressentais à l’idée de faire du mal à mon bébé si mon corps me lâchait alors que je la portais.
J’ai consulté une chiropraticienne, mais les manipulations déclenchaient les mêmes douleurs très vives. Puis, avec le temps, tout a fini par s’atténuer et j’ai repris une vie normale.
Quand les douleurs disparaissent, on finit aussi par oublier ce que l’on a vécu et par ne plus y penser. C’est ce qui s’est passé pour moi. Je n’ai donc pas fait le lien immédiatement lorsque des douleurs sont revenues après la naissance de mon fils.
Mon fils est donc né fin septembre 2025. Début décembre, à la suite d’un mouvement banal, j’ai ressenti une douleur brutale dans le dos et me suis retrouvée incapable de bouger pendant un moment, le souffle coupé.
Cette fois, la douleur ne m’a plus quittée. Elle me réveillait la nuit, allaiter mon fils devenait douloureux et, malgré cela, le quotidien continuait avec deux enfants. J’avais mon fils avec moi à la maison toute la journée, et ma fille à emmener à l’école, avec tous les gestes du quotidien que cela implique. Des gestes simples en apparence pour une jeune maman, mais qui me demandaient désormais de réfléchir à chaque mouvement et à la façon de le faire sans déclencher davantage de douleur.
Mon conjoint me relayait autant que possible le soir après son travail et la nuit, mais pendant la journée, tous ces gestes restaient à accomplir.
Et pourtant, je pensais encore que c’était « juste » passager et que les douleurs allaient finir par s’estomper. Pendant plusieurs semaines, j’ai continué à me convaincre que j’avais simplement un gros problème de dos. Je voyais une ostéopathe, mais les manipulations reproduisaient les douleurs et les blocages.
Au bout d’un mois et demi, j’ai commencé la kinésithérapie. Ma kiné a travaillé très doucement, notamment sur mon diaphragme, qui était complètement bloqué. Mais malgré cela, les douleurs et blocages revenaient régulièrement, même pendant les séances. Au bout de quelque temps, ma kiné m’a dit qu’il n’était pas normal que cela dure aussi longtemps et m’a conseillé de demander une radio à mon médecin traitant. Au vu de ce que je lui décrivais, mon médecin a finalement décidé de me prescrire une IRM.
Une première IRM du rachis dorso-lombaire, réalisée en mars, a évoqué une déminéralisation osseuse et recommandé une ostéodensitométrie. Celle-ci a été réalisée quelques semaines plus tard, environ six mois après la naissance de mon fils.
Avant de m’installer sur la table d’examen, la personne qui réalisait l’ostéodensitométrie a souhaité me mesurer, car la taille que je lui annonçais lui paraissait étonnante. Je ne m’étais pas mesurée depuis longtemps et lui ai donc annoncé 1,67 m. Je faisais en réalité cinq centimètres de moins.
À la fin de l’examen, lorsqu’elle m’a remis le compte rendu, je me souviens de son regard sérieux et concerné. C’est à ce moment-là que le mot « ostéoporose » a été posé pour la première fois. Le résultat révélait une ostéoporose au niveau du rachis et une ostéopénie au niveau des deux fémurs.
Rien ne me préparait réellement à entendre ce mot. L’ostéoporose ne faisait même pas partie des possibilités que j’étais capable d’envisager. À 29 ans, ce n’était pas simplement une maladie que je pensais ne pas pouvoir avoir : c’était une maladie dont je n’imaginais même pas qu’on puisse me parler. Je ne réalisais pas encore vraiment la gravité de ce qui venait d’être découvert.
Dans le même temps, j’ai pu obtenir un rendez-vous avec une rhumatologue. Avec elle, nous avons repris toute mon histoire depuis le début. Elle m’a prescrit un bilan sanguin et recherché différentes causes qui pourraient expliquer cette ostéoporose à mon âge, notamment une éventuelle prédisposition héréditaire et mes apports quotidiens en calcium. Elle m’a également prescrit une nouvelle IRM, cette fois du rachis cervico-dorsal, car la première n’avait pas exploré entièrement la zone douloureuse que je décrivais.
Les analyses sanguines ne révélaient rien d’anormal et aucune cause héréditaire n’a été retrouvée. En revanche, ma consommation quotidienne de calcium s’est avérée très faible. De plus, j’avais allaité ma fille pendant onze mois et, lors de ma première consultation avec ma rhumatologue, j’allaitais encore exclusivement mon fils, en parallèle de la diversification.
La deuxième IRM a, quant à elle, montré des tassements de plusieurs vertèbres, en T5, T6 et T8, avec une fracture semi-récente en T8.
Ma rhumatologue m’a expliqué qu’elle n’avait pas de patiente aussi jeune dans sa patientèle et qu’elle souhaitait donc prendre conseil auprès de confrères avant de me proposer un traitement. Lors de mes deux premiers rendez-vous, elle ne m’avait pas déconseillé de poursuivre l’allaitement et je continuais donc à allaiter mon fils. À ce moment-là, je n’avais pas encore passé la deuxième IRM, qui allait révéler les tassements de plusieurs vertèbres. Elle a finalement pris le temps de se renseigner sur les différentes possibilités de prise en charge. L’arrêt de l’allaitement est donc la première étape avant de pouvoir commencer le traitement. J’envisage de le débuter une fois qu’il sera sevré, même si, pour l’instant, il semble bien décidé à prolonger notre aventure de l’allaitement... ;-)
Aujourd’hui, à 30 ans, je suis encore en train d’appréhender tout ce qui m’est arrivé. Je vis en anticipant chacun de mes mouvements. Certains gestes me sont devenus impossibles et, pour d’autres, je dois réfléchir à la façon de les faire ou les décomposer. J’ai beaucoup de questions sur l’avenir, notamment sur l’évolution de mes os et sur ce que cela pourra impliquer au moment de la ménopause.
C’est d’ailleurs toutes ces interrogations qui m’ont poussée à chercher des témoignages. Je me suis tournée vers une simple recherche sur Facebook et c’est à ce moment-là que j’ai découvert le groupe consacré à l’ostéoporose de la grossesse et du post-partum.
J’ai passé de longues minutes à lire les témoignages de ces femmes. Certains m’ont particulièrement marquée, notamment ceux qui racontaient des parcours très difficiles.
Aujourd’hui, je suis encore au début de ce parcours et j’ai toujours beaucoup de questions sur la suite. Alors, voir un collectif se créer autour de cette maladie me semble important. C’est aussi pour cette raison que j’ai eu envie de partager mon histoire.
Julie P.
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Témoignage