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Témoignage

« Ce n’était pas un lumbago »

Plusieurs fractures et tassements vertébraux à 28 ans, quelques semaines après la naissance de sa fille, d’abord pris pour un lumbago puis pour une dépression du post-partum.

Je m’appelle Sarah, j’ai 28 ans, je suis du Loir-et-Cher et, depuis quelques mois, ma vie a complètement basculé.

Aujourd’hui, j’ai envie de raconter mon histoire. Une histoire que je n’aurais jamais imaginé vivre, surtout quelques semaines seulement après être devenue maman.

En mai 2026, j’ai donné naissance à ma fille. Je pensais alors commencer l’une des plus belles périodes de ma vie. Je n’aurais jamais imaginé que quelques semaines plus tard, je me retrouverais hospitalisée, incapable de m’occuper correctement de mon bébé, avec plusieurs fractures vertébrales liées à une ostéoporose.

Si je raconte aujourd’hui ce que j’ai vécu, c’est parce que derrière mes douleurs, il y avait une véritable cause physique qui a mis du temps à être identifiée. Mes symptômes ont d’abord été considérés comme un simple lumbago, puis mon état moral, qui s’était fortement dégradé face à la douleur et à mon incapacité à m’occuper de ma fille, a orienté les médecins vers une possible dépression du post-partum.

Mais la réalité était tout autre.

Voici mon histoire.

Pendant mon huitième mois de grossesse, en avril 2026, j’ai commencé à avoir des douleurs au dos, plus ou moins importantes selon les jours. Je n’avais pourtant jamais eu de problème de dos auparavant. J’ai pris rendez-vous chez un ostéopathe, qui m’a vraiment soulagée. Par la suite, les douleurs ont complètement disparu et j’ai pu terminer ma grossesse normalement.

Ma fille est née le 5 mai 2026.

Après l’accouchement, je n’avais plus aucune douleur au dos. Tout allait bien. Nous sommes donc rentrées tranquillement à la maison et avons commencé notre nouvelle vie à trois.

Puis, le 15 juin, tout a basculé.

Ma fille était allongée sur le canapé. En voulant la porter, j’ai senti un énorme « clac » dans mon dos, accompagné d’une douleur extrêmement intense. Comme je n’avais jamais eu de problème de dos auparavant, j’ai pensé à un simple lumbago. Je suis donc retournée voir mon ostéopathe, qui a réussi à me soulager sur le moment. Mais les jours suivants, les douleurs ont persisté et ont progressivement augmenté. Au fil du temps, je pouvais faire de moins en moins de choses. Et surtout, je n’arrivais plus à m’occuper correctement de ma fille. Je pouvais essentiellement l’allaiter, mais pour tout le reste, cela devenait extrêmement compliqué. La porter, la changer, lui donner son bain, la prendre dans son lit… Des gestes qui devraient être naturels pour une jeune maman devenaient pour moi de véritables épreuves. Et psychologiquement, je me suis complètement dégradée.

Je venais d’avoir ma fille. J’aurais voulu profiter de chaque instant avec elle. J’aurais voulu pouvoir la porter, la câliner, m’occuper d’elle normalement. À la place, je me retrouvais prisonnière de mon propre corps. Plus les jours passaient, plus je perdais mon autonomie. Et plus je me sentais mal moralement.

Jusqu’au début du mois de juillet, où je n’en pouvais plus. J’ai demandé à être hospitalisée parce que je ne tenais vraiment plus. J’ai d’abord passé cinq jours en gynécologie. Une IRM avait été réalisée, mais je n’avais toujours pas eu de retour du rhumatologue. À ce moment-là, personne ne savait réellement ce que j’avais. Et sans diagnostic, aucune prise en charge adaptée ne pouvait être mise en place. Comme le service de gynécologie ne pouvait pas me garder davantage et que je refusais de rentrer chez moi dans cet état, l’hypothèse d’une dépression du post-partum a finalement été évoquée. J’ai donc été hospitalisée environ une semaine en psychiatrie. Cette période a été particulièrement difficile. Parce que oui, moralement, j’allais très mal. Mais physiquement, je souffrais également énormément. Et après une semaine, mon état physique n’avait toujours pas évolué. J’avais toujours très mal et je n’avais toujours aucune réponse concernant mon IRM.

Je travaille moi-même dans le milieu médical, j’ai donc fini par insister. J’ai demandé à voir un chef de service et j’ai expliqué que je souffrais toujours énormément, que mon état ne s’améliorait pas et que je n’avais toujours pas vu de rhumatologue. Et finalement, j’ai été reçue. Le rhumatologue a regardé mon IRM. Et là, tout a changé. Ce n’était pas un lumbago. Ce n’était pas simplement le dos d’une jeune maman fatiguée.

Résultat : j’avais plusieurs fractures et tassements vertébraux liés à une ostéoporose. Une maladie que je n’aurais jamais imaginé avoir, et encore moins à 28 ans.

Ma situation nécessitait une prise en charge urgente. J’ai donc été hospitalisée immédiatement en rhumatologie. Et, paradoxalement, une fois que j’ai enfin eu le bon diagnostic, les choses sont allées assez vite.

Mes grosses douleurs avaient commencé le 15 juin. Le 24 juillet, je commençais le port du corset ainsi que mon traitement par tériparatide.

Je suis restée environ dix jours en rhumatologie. J’ai notamment passé une scintigraphie qui a confirmé les tassements vertébraux identifiés sur l’IRM. Enfin, je savais ce que j’avais. Enfin, on pouvait me soigner.

Aujourd’hui, mon quotidien est encore loin d’être revenu à la normale. J’ai une injection quotidienne de tériparatide, je dois porter un corset pendant 45 jours et je fais de la kinésithérapie à domicile.

À partir de la semaine prochaine, je vais également commencer un hôpital de jour en rééducation, deux à trois fois par semaine, avec notamment de la balnéothérapie.

Je suis suivie par ma rhumatologue et je suis également contactée environ une fois par mois pour faire le point sur mon évolution.

Pour le moment, il n’est pas prévu de refaire systématiquement des radiographies. En revanche, si une nouvelle douleur très intense, inhabituelle ou différente de mes douleurs habituelles apparaît, je dois rapidement faire une radio afin de vérifier qu’il n’y a pas de nouvelle fracture.

Une ostéodensitométrie est prévue dans environ 18 mois, à la fin de mon traitement par tériparatide.

Ce parcours a été particulièrement éprouvant. Ce qui a été difficile, ce n’est pas seulement la douleur. C’est aussi de ne pas comprendre ce qui m’arrivait, de voir mon autonomie diminuer jour après jour et de ne plus réussir à m’occuper de ma fille comme je le souhaitais. Et surtout, d’avoir parfois le sentiment que ma souffrance physique n’était pas entendue. Parce qu’une jeune maman qui souffre, qui pleure, qui n’arrive plus à s’occuper de son bébé et dont le moral se dégrade peut facilement être considérée comme quelqu’un qui fait une dépression du post-partum. Et parfois, c’est effectivement le cas. Mais parfois, derrière cette souffrance psychologique, il y a aussi une souffrance physique qu’il ne faut pas oublier de chercher.

Dans mon cas, les deux se sont mêlées : la douleur physique a profondément affecté mon moral, et mon état moral a certainement rendu cette période encore plus difficile à vivre.

Aujourd’hui, je ne veux pas rester uniquement sur ce qui s’est mal passé. Je veux avancer.

J’ai enfin un diagnostic. J’ai un traitement. J’ai une équipe médicale qui me suit. J’ai un programme de rééducation.

Et surtout, j’ai ma fille. C’est pour elle que je veux retrouver progressivement mon autonomie. Pour pouvoir la porter sans avoir peur. Pour pouvoir m’occuper d’elle. Pour pouvoir jouer avec elle, sortir avec elle, lui donner son bain, la prendre dans mes bras quand elle en a besoin. Pour pouvoir simplement être sa maman, sans que chaque geste du quotidien soit une épreuve.

Je sais que la récupération prendra du temps. Physiquement, il faudra reconstruire. Moralement aussi. Mais aujourd’hui, contrairement à il y a quelques mois, je sais enfin ce que j’ai et, surtout, je sais que je suis prise en charge.

Alors maintenant, je vais avancer.

Un jour après l’autre.

Et j’espère qu’un jour prochain, tout cela ne sera plus qu’une étape difficile de ma vie, derrière moi.

Portrait de Sarah G.

Sarah G.

Patiente

4 octobre 2026

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