
« C'est dans votre tête » : quand on met votre douleur en doute
par Stéphanie
Les phrases qu'on a toutes entendues
« C'est normal après un accouchement. » « C'est le poids du bébé. » « Vous exagérez. » « Vous somatisez. » « C'est le baby-blues. » « C'est dans votre tête. »
Beaucoup de mamans touchées par l'ostéoporose de la grossesse ont entendu ces phrases pendant des semaines, parfois des mois, alors qu'elles avaient des fractures. Dans notre enquête nationale, plus d'1 maman sur 3 s'est entendu dire que sa douleur était « dans la tête ».
À force, on finit par douter de soi. Par se demander si, justement, on n'exagère pas. Ce n'est pas normal qu'on vous fasse douter de vous-même.
Ce n'est pas de la fragilité
La grossesse et le post-partum bouleversent déjà tout : le corps, le sommeil, la vie de famille. Quand la douleur s'y ajoute et qu'on n'est pas crue, le moral finit par flancher, et c'est parfois lui qu'on accuse, au lieu de chercher ce qui fait mal. Ce n'est pas de la fragilité : c'est beaucoup trop pour une seule personne.
La douleur et la détresse peuvent exister ensemble
Avoir mal et aller mal ne s'excluent pas. Une maman peut avoir des fractures et traverser une période de détresse, d'anxiété ou de dépression. L'une n'efface pas l'autre, et l'une ne doit jamais servir à ne plus chercher l'autre.
Dans notre enquête, près de 9 mamans sur 10 disent avoir ressenti une forte culpabilité ou de la détresse face à leurs limitations : ne pas pouvoir porter son bébé, s'en occuper, sortir avec lui. Cette détresse mérite, elle aussi, d'être entendue.
Oser en parler à ses proches
Après un choc médical, ou face à une douleur qui dure, on a souvent tendance à se replier sur soi : par peur de déranger, de passer pour celle qui se plaint, ou parce qu'on pense que personne ne peut comprendre.
Pourtant, dire ce qu'on ressent à une personne de confiance (son conjoint, une amie, une sœur, sa mère…) change beaucoup de choses :
- On peut enfin poser le masque de « la maman courage qui gère tout », et déposer un peu de la charge.
- L'entourage comprend mieux ce qui se joue, dans le corps comme dans la tête : une douleur, ça ne se voit pas.
- Les proches peuvent aider concrètement, au lieu de rester impuissants.
Dire « aujourd'hui, je suis à bout » ou « j'ai besoin d'aide », ce n'est pas se plaindre : c'est une information dont vos proches ont besoin pour vous soutenir.
Vos proches veulent souvent aider, mais ne savent pas comment. Ils ne peuvent pas deviner ce que vous vivez : pour être là, ils ont besoin de comprendre. Et mettre des mots sur ses maux, ça fait du bien à soi aussi.
Si vous êtes le proche d'une maman qui se renferme, vous pouvez nous écrire et lire les témoignages d'autres proches.
Ce qui a aidé certaines d'entre nous
Ce ne sont pas des conseils médicaux : simplement ce que des mamans de notre communauté racontent.
- Se parler comme on parlerait à une amie. « Je devrais pouvoir porter mon bébé », « Je suis une charge »… Si une amie traversait la même chose, on ne lui dirait jamais ça. Se reposer n'est pas de la flemme. Et même quand d'autres bras le portent pour vous, vous restez sa maman.
- S'accorder de petits réconforts, selon la saison. Un rayon de soleil à la fenêtre, même quand on ne peut pas sortir ; une boisson chaude, un plaid ou une bouillotte quand il fait froid ; une boisson fraîche ou un moment à l'ombre quand il fait chaud ; une musique douce en toute saison. Rien de spectaculaire, mais une parenthèse.
- Ne pas rester seule. Parler avec des mamans qui sont passées par là change tout : pas besoin de se justifier, elles savent. Notre groupe d'entraide est là pour ça.
Pour tout ce qui touche au corps (reprendre une activité, essayer une technique contre la douleur), seul un professionnel de santé qui vous suit, médecin ou kiné, peut vous donner son feu vert. Ce qui convient à une maman ne convient pas forcément à une autre : chaque corps se répare à son rythme, et avec des os fragilisés, ce qui paraît doux ne l'est pas toujours.
Ce qui existe pour vous
Prendre soin de sa santé mentale fait partie du parcours de soin. Demander de l'aide est un acte de reconstruction, jamais un aveu de faiblesse.
- Mon soutien psy : jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, prises en charge par l'Assurance Maladie, sans passer par un médecin. Les conditions sont détaillées sur ameli.fr.
- L'entretien postnatal précoce : entre la 4e et la 8e semaine après l'accouchement, avec une sage-femme ou un médecin, il est fait pour parler de comment vous allez. S'il ne vous a pas été proposé, vous pouvez le demander.
- LENA : une plateforme gratuite d'information et d'orientation sur la santé mentale autour de la naissance, écrite avec des mamans et des professionnels de santé (masantementaleperinatale-lena.fr).
- Nos contacts utiles : les numéros d'urgence et de soutien.
- Notre groupe d'entraide entre mamans.
Pour aller plus loin
Prendre soin de soi : santé mentale et gestion de la douleur : ce que la maladie fait au moral, et comment ne pas rester seule.
Vos douleurs sont réelles. Votre vécu est légitime. On vous croit. 💙
Cet article partage l'expérience de femmes touchées par l'ostéoporose de la grossesse et du post-partum. Il ne remplace pas un avis médical : chaque situation est différente, et seul un professionnel qui vous examine peut vous orienter.
Votre parcours compte, même s'il vous paraît banal
L'enquête nationale recense les délais de diagnostic, les examens passés, les services consultés. Vos réponses ne sont jamais publiées avec votre nom, et se remplissent en une vingtaine de minutes.
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